Réponse d'Eurocloud à la consultation sur la Stratégie Nationale pour le Cloud
- 8 juil.
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1. Domaines technologiques à cibler en priorité (court terme et 5 ans) Pour garantir la compétitivité et la souveraineté de la filière, Eurocloud identifie plusieurs axes technologiques prioritaires :
Le continuum Cloud, Edge et Hybride : Il est impératif de maîtriser l'infrastructure de gestion des données réparties (Edge computing) et de soutenir les solutions de cloud hybride et multicloud. Le développement d'une pile souveraine open source complète (virtualisation, orchestration, OS) est essentiel.
L'Intelligence Artificielle et le HPC : À court et moyen terme, le couplage Cloud-IA est central. Il faut investir dans des infrastructures optimisées pour l'entraînement et l'exécution locale de modèles (IA générative, IA agentique), dans des environnements de confiance (Zero-Trust, Confidential Computing) et dans le calcul haute performance (HPC).
Les espaces de données et la cybersécurité : Le déploiement d'infrastructures décentralisées respectant les standards (type Gaia-X) et l'adoption de technologies renforçant la confidentialité (PET) sont nécessaires pour l'échange sécurisé de données industrielles.
Les couches hautes (PaaS/SaaS) et sectorielles : Il est crucial de faire évoluer le soutien au-delà du IaaS, vers les couches hautes destinées aux développeurs (PaaS, bases de données, jumeaux numériques) et vers des technologies ciblant des secteurs stratégiques (santé, défense, nucléaire, logistique).

2. Efficacité des dispositifs de soutien (France 2030) La commande publique demeure le levier de soutien le plus puissant. Concernant les dispositifs actuels (AAP, PIIEC) :
Les Appels à Projets (AAP) sont reconnus pour leur efficacité opérationnelle et leur stimulation de la R&D. Toutefois, ils pâtissent d'une rigidité excessive. Il est nécessaire de raccourcir les délais et de privilégier un engagement sur des axes stratégiques plutôt que sur des briques technologiques trop précises. Les PIIEC, bien que pertinents, s'avèrent souvent trop complexes pour les PME.
Il est fondamental d'éviter les redondances : l'État ne doit pas financer le développement de solutions internes qui viendraient concurrencer des offres privées déjà matures issues de la filière.
L'objectif premier de ces financements doit être le passage à l'échelle industrielle et l'abaissement des barrières à l'entrée pour encourager l'adoption par le marché.
3. Nouveaux dispositifs pertinents Eurocloud propose la mise en place des mécanismes suivants :
Simplification et concentration : Réduire l'éparpillement des aides pour concentrer des financements massifs sur des projets d'infrastructure d'envergure, en facilitant l'accès direct à des fonds d'investissement souverains ou privés.
Groupements public-privé : Encourager des consortiums permettant d'embarquer structurellement des PME et des startups dans de grands projets, en leur garantissant une part significative de l'activité.
Autorité de conception et labels : Créer un cadre d'évaluation technique et opérationnel indépendant (agissant comme une Design Authority) permettant aux acheteurs publics d'apprécier objectivement le niveau d'interopérabilité, de portabilité, de sécurité et de souveraineté des offres cloud. Ce cadre prendrait la forme d'un Indice, basé sur des critères mesurables et alignés avec les standards européens (EUCS, Data Act), pour éclairer la commande publique sans nécessairement créer une lourdeur administrative supplémentaire.
Alignement international : Concevoir les dispositifs en intégrant les standards internationaux (normes d'interopérabilité, efficience énergétique) pour garantir l'exportabilité de nos solutions de manière secondaire.
4. Principales difficultés pour gagner des parts de marché Les fournisseurs français font face à plusieurs freins structurels :
Le retard sur l'innovation des couches hautes : Les acteurs français souffrent d'un déficit d'innovation sur les couches applicatives et de services (PaaS/SaaS) face à la capacité d'investissement massive des leaders du marché.
L'accès au capital et aux compétences : Le manque de financement et la difficulté à retenir les meilleurs talents (captés par les grands acteurs) sont des défis majeurs.
La culture de l'achat public : Les acheteurs publics gagneraient à disposer d'une méthodologie leur permettant d'évaluer le coût total de possession, la réversibilité et la diversification de leurs environnements cloud sur le long terme. Cela leur permettrait de dépasser la seule recherche de performance immédiate pour mieux anticiper et limiter les risques systémiques de dépendance technologique. De plus, la fragmentation des certifications cyber en Europe engendre d'importants surcoûts.
Les barrières à la sortie : La portabilité effective des données et des applications reste un défi technique et organisationnel, parfois aggravé par certaines pratiques commerciales de l'industrie. La mise en œuvre concrète du Data Act, des standards d'interopérabilité et des outils de migration doit être encouragée pour réduire les coûts (notamment les frais de sortie) et la complexité des transitions pour tous les utilisateurs.
5. Soutenir l'écosystème open source
L'open source est l’un des socles du cloud moderne. Pour le soutenir, il faut :
Financer la maintenance : Créer un modèle économique pérenne pour entretenir les codes critiques (« communs numériques »), souvent gérés par des équipes trop restreintes.
Structurer la demande publique et l'industrialisation : Financer la création d'OSPO (Open Source Program Offices) au sein des administrations publiques et favoriser l'intégration de briques open source au sein d'offres commerciales complètes pour garantir un support de long terme.
Stimuler la R&D collaborative : Encourager les laboratoires communs entre entreprises et chercheurs et inciter financièrement les développeurs européens à contribuer aux grands projets mondiaux.
6. Évolution des roadmaps face aux besoins de l'État La filière a activement fait évoluer ses feuilles de route pour répondre aux exigences de confiance et aux priorités de l'État (DINUM, données de santé, etc.). Cela s'est traduit par des partenariats stratégiques de haut niveau, des évolutions de gouvernance, l'intégration native d'outils d'IA générative, de métriques d'empreinte carbone (GreenOps) et le développement de solutions hybrides et multicloud pour concilier performance et conformité.
7. Besoins en compétences Il y a une urgence à former et recruter sur deux axes :
Profils technologiques de pointe : Ingénierie de l'interopérabilité et du multicloud, IA/Machine Learning, chiffrement et protection des données.
Profils transverses et clients : Responsables conformité, architectes, chefs de projet de migration. Par ailleurs, Il est important de renforcer les compétences cloud au sein des administrations pour éviter les achats réflexes. L'objectif est que les acheteurs publics puissent évaluer la totalité des offres disponibles (y compris nationales) sur des critères objectifs — sécurité, interopérabilité, performance — et faire des choix adaptés à la criticité de leurs usages. Le maintien d'une expertise architecturale interne est un facteur clé de souveraineté et de pilotage..
8. Évolutions législatives à l'échelle de l'UE L'arsenal européen (RGPD, Data Act, NIS2, AI Act, DORA) est très complet mais nécessite aujourd'hui simplification et lisibilité pour éviter les contradictions. Eurocloud recommande :
L'adoption rapide du schéma de certification européen (EUCS) pour créer un véritable marché unique harmonisé, indispensable pour la protection des données et le passage à l'échelle des acteurs.
La facilitation de l'accès à la commande publique transfrontalière et l'adoption d'une méthodologie commune pour la classification des usages sensibles.
Une application rigoureuse des mécanismes de protection des données lors de transferts internationaux (décisions d'adéquation, mesures techniques complémentaires) est indispensable. Couplée à des standards opérationnels communs de portabilité, cette exigence renforcée permettra de renforcer la confiance des utilisateurs tout en préservant la fluidité des échanges nécessaire à l'économie numérique.
9. Évolutions législatives à l'échelle nationale La priorité nationale doit être d'aligner la politique industrielle sur la commande publique, tout en évitant de créer une fragmentation réglementaire qui isolerait la France en Europe. Il convient de :
Sanctuariser les exigences pour les données sensibles : Maintenir des référentiels très exigeants (type SecNumCloud) strictement pour les données vitales et stratégiques, sans pour autant en faire un prérequis généralisé qui freinerait l'adoption du cloud pour des usages standards.
Réformer la commande publique : Rendre opposables des critères stricts d'interopérabilité, imposer des formats ouverts, des clauses de réversibilité, et encadrer les frais de sortie de données.
Sécuriser le cadre juridique : Publier rapidement les décrets d'application manquants (ex: loi SREN) et doter l'ARCEP de moyens renforcés pour prévenir l'enfermement technologique.





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