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L'IA et le cloud à l'épreuve de l'urgence environnementale et de la durabilité : les modèles mis à l’épreuve de s’adapter rapidement

  • il y a 6 jours
  • 4 min de lecture

par Emmanuelle Olivié-Paul, Présidente-Fondatrice d’AdVaes



L’essor fulgurant de l’usage de l’intelligence artificielle (IA) et l'accélération continue des usages numériques introduisent une dynamique de disruption sans précédent pour nos sociétés. Pour les opérateurs de data centers et les cloud providers, qui sont au cœur de cette révolution, ne pas adapter leur modèle aux enjeux environnementaux est un risque stratégique et commercial majeur. En les remplaçant dans un contexte plus large, ces enjeux sont étroitement liés à la résilience de leur chaîne d’approvisionnement (énergie, eau, composants, matières premières..), à leur faculté à maîtriser les augmentations de prix (corollaire des tensions sur les marchés précités, exacerbés depuis fin 2025), et à leur capacité à répondre aux exigences de leurs clients ainsi que des réglementations.


Dans la dernière édition du Baromètre des Prestataires du Numérique Écoresponsables d’AdVaes, qui analyse les tendances des actions environnementales de 130 prestataires IT, le focus réalisé par AdVaes en exclusivité pour EuroCloud sur 30 opérateurs de data centers et cloud providers est révélateur.


Des cloud providers confrontés à une explosion des consommations énergétiques

Face à des usages qui se développent rapidement, les cloud providers ont enclenché des actions de réduction de leurs émissions de GES (Gaz à Effet de Serre) dont les résultats commencent à donner des signaux positifs. Par un recours croissant aux énergies renouvelables (EnR) et bas carbone, ainsi que par une amélioration de l’efficience de leurs opérations, ils arrivent à contenir leur intensité carbone, voire pour certains, à la réduire. La période 2023-2024 a été marquée par une très forte progression (+25%) du recours aux EnR. Cette dynamique est toujours aussi forte : il n’y a pas une semaine sans l’annonce d’un partenariat entre un cloud provider et un producteur d’énergie renouvelable, ou d’initiatives plus autonomes sur site. 


La réalité physique des infrastructures et la croissance des usages les rattrape cependant. Au-delà du recours à des énergies bas carbone, l’enjeu est de répondre à la croissance. Poussée par le traitement massif de données et les usages de l’IA à grande échelle, la consommation d'énergie des “cloud providers” affiche une croissance moyenne annuelle de +23,9% sur la période 2022-2024. Mise en regard de celle d’énergie primaire au niveau mondial, estimée autour de +2%, ce rythme est difficilement tenable ! 


L'IA : un bouleversement qui impose de nouveaux indicateurs

L'IA amplifie ces impacts avec le déploiement d’infrastructures spécifiques, capées pour accueillir les nouveaux modèles d’entraînement et opérer ensuite l’inférence, véritables usines numériques des prochaines décennies (cf. le programme EuroHPC AI Factory et le projet “AI Factory France — AI2F”). Des conflits d’usage sont relevés sur certaines géographies, créant des tensions localisées. Cette situation se traduit parfois par des rejets d’implantation de data centers, sans toujours que ceux-ci ne soient justifiés objectivement. Les exemples pris sur certaines géographiques ne s’appliquent pas nécessairement à l'identique sur d’autres. Chaque projet doit être analysé au cas par cas, avec discernement. Conscients de cette disruption, 94% des opérateurs data centers et des cloud providers analysés intègrent désormais les impacts environnementaux de l'IA dans leur réflexion (contre 89% pour la moyenne des acteurs de l’écosystème IT et du numérique). Néanmoins, et du fait tant du manque de données que de méthodologies reconnues d'évaluation, les mesures d’impact de l’IA sont à la traîne face à la vitesse de déploiement de celle-ci. Fin 2025, seuls 7% des opérateurs de data centers et des cloud providers avaient évalué l'impact environnemental de l'intégration de l'IA dans leurs activités et 50% avouaient ne pas avoir encore abordé le sujet. Ceux qui ne structureront pas ces métriques risqueront de se heurter aux exigences croissantes des clients lors des appels d'offres, où la RSE devient un critère de succès de plus en plus déterminant, ainsi que celles de la réglementation qui pourrait être amenée à évoluer sur ces aspects (cf. Loi REEN).


Eau et circularité : les angles morts des actions environnementales

L'adaptation d'un modèle cloud durable ne peut se limiter à l'énergie. Le Baromètre d’AdVaes met en exergue d’autres vulnérabilités critiques telles que l'eau et la circularité matérielle. Si les cloud providers sont plus avancés sur le suivi du stress hydrique — 50% d'entre eux indiquent déclarer le volume d'eau consommée par an, contre seulement 35% pour l'ensemble des prestataires IT —, ils accusent un retard quant à la divulgation de la masse de leurs déchets électriques et électroniques (DEEE).


En effet, seuls 24% des opérateurs de data centers et des cloud providers déclarent connaître la masse globale de leurs (DEEE) produite chaque année, un chiffre en deçà de la moyenne du secteur (37%). À l'heure où les processeurs (CPU/GPU) et les infrastructures matérielles doivent être renouvelés à un rythme plus rapide que d’autres composants pour supporter les charges de l'IA, cette absence de divulgation en matière d'économie circulaire constitue une lacune majeure.


Une convergence inévitable : résilience, confiance, souveraineté et durabilité

La capacité d'adaptation des modèles des opérateurs de data centers et des cloud providers se joue également sur le terrain réglementaire. Une nouvelle ère s'ouvre avec le “Cloud Sovereignty Framework” de la Commission Européenne. L'objectif SOV-8 affiche pour la première fois un lien clair et direct entre souveraineté numérique et durabilité. Désormais, il ne s’agit plus de se contenter d'ajouter des capacités énergétiques ou de calcul mais bien d’allier cloud durable et cloud de confiance (ou souverain selon les périmètres concernés). Cet “alliage” deviendra, de fait, un “standard” différenciant majeur du marché.

 
 
 

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