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CLOUD, ENTREPRISE, LIBERTE ET RESPONSABILITES

En digitalisant leur IT par le cloud computing, les entreprises ont franchi une première étape qui leur a permis de comprendre les mécanismes à mettre en œuvre pour réussir à la fois leur transformation digitale et leur entrée dans la nouvelle économie. Toutefois, après dix ans d’existence, il est utile de se pencher sur les impacts de cette nouvelle économie sur le cloud computing. Est-il encore apte à rester une force de libération des entreprises dans les années à venir ?

LE CLOUD LIBERE L’ENTREPRISE

Xavier Poisson Gouyou Beauchamps
HPE, Vice President, Worldwide Indirect Digital Services
Twitter : @CLOUDXP10
Les systèmes d’information ont subi dans les dernières années une rapide mutation, passant d’une fonction de calcul et de gestion à une fonction multiple où non seulement ils servent le même dessein, mais où ils sont en sus devenus le cœur, l’objet, voire l’activité sans laquelle l’entreprise ne peut exister. Le mot exister est ici à prendre dans son sens complet, car ces systèmes d’information de nouvelle génération couvrent maintenant les moyens comme la finalité des entreprises. Le sujet système d’Information rejoint l’objet de l’entreprise et se fond avec lui.

Le cloud computing, héritier de l’Internet, a probablement été le détonateur de la transformation digitale des entreprises, qui ont compris qu’il leur était grâce à lui possible de se libérer du monde réel et de découvrir la puissance de l’usage en :

  • Emancipant l’IT du monde physique de l’informatique traditionnelle. En permettant aux entreprises de ne plus avoir à posséder dans leurs centres de traitement de serveurs, d’unités de stockage, de réseaux, celles-ci ont vu leur relation à l’objet informatique changer considérablement. La solution globale, le développement de contenus, les logiciels ont pris une part beaucoup plus importante, libérant de facto la créativité autour de l’objet Informatique.
  • Exonérant l’IT de l’obligation d’investissement initial en infrastructure. Le paiement à l’usage des ressources informatiques allège le bilan d’une entreprise et celle-ci peut réallouer à d’autres activités les capitaux non consommés.
  • Affranchissant l’IT de sa finalité opérationnelle. En dématérialisant la relation à l’ordinateur le cloud permet à l’entreprise de placer l’usage au centre de sa réflexion stratégique.

Prenant son essor il y a une dizaine d’années, il a su évoluer pour s’adapter aux nouveaux besoins des clients et à la nature des données traitées. D’une image originelle de Cloud Public, l’espace unique tiers où tous les traitements seraient effectués à la demande, il apparaît sur le marché sous d’autres formes, du Cloud Privé au Cloud Hybride en passant par le Cloud Hébergé. D’ici 2018, 60% des charges de traitements seront assurés par une de ces formes de cloud contre 41% en 2016 (*). Ce phénomène s’accompagne d’une accélération du développement d’applications en mode cloud natif via de nouveaux outils de programmation. Ces nouvelles applications sont par défaut indépendantes des contraintes posées par les infrastructures matérielles dans le passé.  Les opérateurs n’ont plus à intervenir pour provisionner ou réduire les infrastructures informatiques, qui sont gérées dynamiquement au niveau applicatif. Les délais de développement des applications se sont considérablement réduits, permettant ainsi aux entreprises d’être plus réactives et créer de nouveaux modèles de ventes pour faire face aux évolutions de leurs marchés et à la demande de leurs clients. On anticipe ainsi que les logiciels en SaaS serviront en 2018 près de 23% des traitements contre 14% en 2016 et que dès cette année 2017, 47% des développements de nouvelles applications seront en mode Cloud (*).

En digitalisant l’IT, le cloud a créé une vague d’innovation dont le ressac a résonné dans de multiples secteurs économiques, des transports (Lyft, Sidecar) à l’hôtellerie (Hotel Tonight) jusqu’à l’énergie (Stem, Tesla) ou l’agriculture (Conservis, DroneDeploy). 41% des entreprises font face à des ruptures profondes dans leur secteur économique, 42% d’entre elles ont prévu l’année prochaine une transformation digitale en profondeur (*). La question est aujourd’hui de savoir si la force de changement et de libération que le cloud a incarnée hier est toujours d’intensité aussi forte. Car le cloud affronte désormais des vents de face qui sont loin d’être négligeables :

  • La prolifération des données et la nécessité pour les entreprises de la maîtriser. Le cloud a favorisé la transformation digitale des entreprises. De cette transformation, il s’en est suivi une explosion des données, ces nouvelles pépites nées du monde de l’usage, et qui elles-mêmes sont maintenant générées aussi bien par des objets connectés – 8,7 milliards d’unités en 2017, plus de 20 milliards d’unités en 2020 selon le cabinet d’analyse Gartner (**) – que des acteurs humains. Le cloud peine à contenir les traitements issus de cette explosion et n’est plus en mesure de gérer à lui seul toutes ces données et leurs usages.
  • L’absence de repères clairs du côté de l’offre. La portabilité des applications et des données entre différents clouds est compliquée. Les offres de cloud sont multiples et il est compliqué pour une entreprise cliente de se retrouver dans la jungle du champ des possibles. De même, peu de plate-formes de collaboration existent qui permettraient aux fournisseurs de services cloud d’adapter leur modèle et de travailler ensemble pour continuer de proposer au marché des offres innovantes.
  • L’insuffisance de plate-formes d’exposition et d’échanges de services qui permettraient à une entreprise de recourir au cloud  pour commercialiser des offres issues de la transformation digitale qu’elle a réalisées en tirant partie en amont du cloud en tant que composante de son système d’information.

L’ENTREPRISE LIBERE DU CLOUD

Le cloud, dans son modèle traditionnel (centralisé), ne serait parfois plus assez rapide aux yeux de l’entreprise digitalisée, pour qui l’accès aux ressources ne doit plus se faire dans l’instant, mais être immédiat, au sens étymologique du terme (‘sans passer par le milieu, en allant directement au but’).

Désormais libérée de la barrière physique de l’informatique traditionnelle, l’entreprise veut pouvoir :

  • Créer, collecter, manipuler et déplacer des données privées en toute sécurité. De ce point de vue, la réflexion menée par le cops législatif européen, qui a abouti au nouveau règlement dit ‘GDPR’ sur la protection des données, fait le choix d’une protection ‘by design, in transit and at rest’ par la responsabilisation de chacun des acteurs de la chaîne (client et fournisseur) quant à la gestion des données privées.
  • Accéder à l’intégralité des offres de services cloud disponibles, quelle que soit la géographie (France, Europe ou le monde) et le niveau de granularité du service (par secteur et ou fonction). Qui sont les fournisseurs de services pour construire mon cloud hybride ou pour consommer du cloud public ? Quels sont leurs engagements de niveau de service et de certification ? Quels sont les intégrateurs qui peuvent les utiliser pour construire de nouvelles solutions ? Comment puis-je comparer les options ? Avec qui puis-je nouer rapidement un partenariat basé sur des retours d’expérience probants afin de gagner du temps et répondre efficacement à un appel d’offre de l’un de mes clients ? Autant de questions que le marché peine à adresser alors qu’elles sont vitales pour la croissance et l’innovation de l’entreprise.
  • Changer de fournisseur sans plus s’exposer à des risques de perte de données ou d’application faute d’interopérabilité par exemple, de durée du temps de migration et/ou des coûts de fin de contrat. Il est important de disposer, a minima, de contrats qui spécifient à leur signature 1) la durée de rétention des données mises dans le cloud par les clients, en opérations régulière comme en cas de fin de contrat 2) les mécanismes de transport des données en cas de rapatriement forcé des données dans l’entreprise ou chez un autre fournisseur de services cloud et leurs coûts associés 3) le format des données pour leur transport.

Or en l’état actuel de ses capacités technologiques autant que contractuelles, le cloud peine à répondre à l’ensemble des enjeux de la chaîne de traitement. Et des problèmes jusqu’ici maîtrisés, tels que les limitations de bande passante réseau ou de latence refont même rapidement surface.

Cette limite, de nombreuses entreprises l’ont déjà comprise. Afin de pallier la rémanence de ces obstacles, certaines ont choisi de redonner du pouvoir de traitement aux extrémités (edge computing).

Cette nouvelle évolution du système d’information porte en elle deux messages fondamentaux :

  • Dans ce modèle distribué, le cloud se contentera d’une partie seulement des fonctions de la chaîne de traitement telles que l’agrégation finale des données et de nouvelles technologies (Intelligence Artificielle, Machine Learning,…).
  • L’entreprise libère du cloud. Chaque voiture intelligente, chaque objet connecté est un cloud mobile ou portatif que l’entreprise sème dans l’espace. Succédant à l’Internet des données, celui des objets rebat les cartes de l’innovation.

VERS UN NOUVEL EQUILIBRE

Si le cloud veut conserver une place de choix dans la hiérarchie des vecteurs d’émancipation et d’innovation de l’entreprise, il doit se réinventer. Car le basculement d’un modèle de traitement des données centralisé vers un modèle distribué ne prive pas le cloud du rôle de catalyseur de l’innovation pour les entreprises. C’est avec à l’esprit de participer à cette réinvention du cloud dans un marché qui se recompose en permanence  que nous avons créé Cloud28+ (www.cloud28plus.com). Cloud28+ est d’abord une communauté d’acteurs du cloud computing indépendants née en Europe autours des technologies HPE, et qui accompagne nos clients partout dans le monde dans le respect de la diversité, en leur donnant une expérience unique de cloud hybride. Cette communauté met en commun ses ressources pour partager et promouvoir une plate-forme qui d’une part accélère l’acquisition de compétences sur le cloud computing pour ses membres comme pour les clients, et d’autre part expose clairement un catalogue de solutions cloud pour permettre aux clients d’atteindre, en confiance, leurs objectifs de transformation digitale.

Lancée sur le marché en décembre 2015, la plate-forme compte plus de 500 membres à ce jour, fournisseurs de services cloud, éditeurs logiciels, revendeurs intégrateurs de solutions, start-ups, universités. Elle privilégie avant tout la collaboration entre les membres et avec les clients. 18 000 services de cloud disponibles au travers de plus de 300 data centres de nos partenaires sont d’ores et déjà proposés au marché pour lui permettre de découvrir, connaître, comparer, engager avec les différents acteurs présents, dans le respect des critères de localisation des données lorsque ces derniers sont discriminants. Cloud28+ propose également un espace d’échange et de réflexion sur les technologies et le marché du Cloud.

La plate-forme permet depuis cette année de provisionner des applications, tout en respectant un principe de monétisation des services aux extrémités, à savoir en transaction directe entre les clients et les membres sans facturation (ni commissionnement) au centre. Son évolution prend également en compte les changements nécessaires évoqués plus haut, que ce soit par exemple  l’exposition de services de type Internet des Objets (‘IoT’) ou de solutions de cloud pour les usines et la composition de services cloud, en clarifiant les missions du cloud et celles du traitement aux extrémités (edge computing). Nous encourageons la transparence et les codes de conduite communs (par exemple celui du CISPE pour la mise en œuvre du GDPR). La plate-forme Cloud28+ a été conçue pour aider les clients à se transformer et commercialiser de manière différente les fruits de leur transformation digitale.

En somme, Cloud28+ se veut la force responsable de la libération de l’entreprise non pas par le cloud, mais par un écosystème d’acteurs du cloud qui ont compris que, pour réussir dans la nouvelle économie, il est important de penser partage (de charges, de savoir-faire) et collaboration entre acteurs responsables au-delà de penser simplement usage et consommation. Il serait ainsi envisageable que  toutes les données anonymes (Open Data) collectées par les satellites soient mises à la disposition de milliers d’entreprises pour leur permettre de décupler leur énergie créatrice, concevoir de nouveaux produits et services, accélérer leurs affaires en innovant de façon toujours plus sure, le tout en se différentiant sur le marché. Cela reposerait sur une architecture multi-cloud avec la participation des membres de Cloud28+,  et qui privilégierait  les mécanismes de confiance, de sécurité et les codes de conduite tout en prenant en compte, dès sa conception, les dispositifs d’accès au marché via Cloud28+ des nouveaux produits et services qui auront été générés par les entreprises.

Un cloud, pour une libération responsable de l’entreprise.

 

(*)Source: 451 Research, Voice of the Enterprise: Cloud Transformation, Workloads & Key Projects 2016

(**) Source: Gartner, 2017, http://www.gartner.com/newsroom/id/3598917

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